Financer une exploitation agricole au Cameroun : acteurs et solutions

Au Cameroun, l'agriculteur emprunte surtout auprès des coopératives d'épargne et de crédit et des EMF ruraux, parfois avec l'appui du MINADER ou du FODECC, car les banques commerciales financent peu d'exploitations et la banque agricole annoncée n'est pas opérationnelle.

XAF BEAC et COBAC
Financer une exploitation agricole au Cameroun : acteurs et solutions

Cacao, café, coton : des filières aux besoins distincts

Le cacao du Centre et du Sud-Ouest, le café arabica de l'Ouest, le coton du Nord encadré par la SODECOTON, la banane du Moungo et le palmier à huile ont chacun leur calendrier. Les besoins de crédit suivent ces saisons de récolte et de commercialisation.

Coopératives CamCCUL et EMF ruraux en première ligne

Les coopératives affiliées à CamCCUL et les mutuelles MC² sont souvent les seules institutions présentes dans les bassins agricoles. Un accord entre le MINADER et CamCCUL prévoit des enveloppes de crédits agricoles distribués par ce réseau de coopératives.

FODECC et soutien aux filières cacao et café

Le Fonds de développement des filières cacao et café finance des actions d'appui aux producteurs, comme la distribution de plants ou d'intrants. Il ne fonctionne pas comme une banque, mais réduit certains coûts qui pèseraient autrement sur l'emprunt du planteur.

Une banque agricole toujours attendue

Le projet de banque agricole camerounaise est annoncé depuis longtemps. Faute de mise en service, les pouvoirs publics étudient une structure de refinancement pour les établissements prêtant à l'agriculture, selon la presse économique de Yaoundé.

Intrants de saison ou matériel : deux crédits distincts

Le crédit de campagne, remboursé à la vente de la récolte, finance engrais, semences et main-d'oeuvre. Le crédit d'équipement, plus long, sert à acheter un motoculteur, une pompe d'irrigation ou un séchoir, et exige des garanties plus solides.

Garanties : le problème du foncier rural

La plupart des terres agricoles camerounaises relèvent du domaine national ou du droit coutumier, sans titre foncier. Les prêteurs s'appuient donc sur l'épargne, la caution solidaire de groupement ou le nantissement de la récolte plutôt que sur une hypothèque.

Coopératives agricoles et contrats d'achat

Un contrat avec un exportateur de cacao de Douala ou une société cotonnière facilite l'accès au crédit, car la récolte est déjà vendue. Les coopératives enregistrées selon l'Acte uniforme OHADA sur les sociétés coopératives négocient souvent les prêts pour leurs membres.

Projets financés par les bailleurs internationaux

Des programmes soutenus par la Banque mondiale, le FIDA ou la coopération allemande appuient la finance rurale au Cameroun, souvent via des lignes de crédit confiées aux EMF. Ils financent aussi formation, agrégation et accès aux marchés.

Microcrédit et maraîchage périurbain

Les maraîchers installés autour de Yaoundé, de Bafoussam ou de Foumbot empruntent de petits montants à rotation rapide, remboursés au fil des marchés hebdomadaires. Le dossier sur le microcrédit au Cameroun explique les conditions d'épargne et de groupe appliquées par les EMF.

Risque climatique et assurance agricole

Sécheresses dans l'Extrême-Nord, pluies irrégulières dans l'Ouest et maladies du cacao fragilisent les remboursements. L'assurance agricole indicielle reste peu développée, ce qui pousse les prêteurs à limiter les montants et à diversifier les cultures financées.

Repères sur le système financier camerounais

L'agriculteur ou la coopérative qui veut passer d'un EMF à une banque de Douala ou de Yaoundé doit comprendre les règles générales du crédit au pays. Le guide du crédit au Cameroun présente supervision COBAC, fichiers de crédit et taux moyens.

Regard sur l'agriculture tchadienne

Le Tchad partage avec les régions du Nord et de l'Extrême-Nord camerounais la culture du coton, l'élevage transfrontalier et des circuits commerciaux communs. La page sur le financement des agriculteurs au Tchad décrit des solutions proches dans un contexte plus sahélien.

Obtenir un crédit agricole au Cameroun

  1. Rejoindre une coopérative ou un groupement d'initiative commune enregistré auprès des services du MINADER.
  2. Ouvrir un compte dans une coopérative CamCCUL, une MC² ou un EMF rural et y épargner régulièrement.
  3. Préparer un budget de campagne précisant surfaces, intrants, main-d'oeuvre et rendement attendu.
  4. Présenter si possible un contrat de vente avec un acheteur, exportateur ou société cotonnière.
  5. Signer le prêt avec un échéancier aligné sur la récolte et rembourser à la vente.

Coûts d'un financement agricole camerounais

PostePratiqueVariations
Intérêts du crédit de campagneFixés par l'EMF ou la banqueFilière, durée, montant
Épargne bloquéeFraction du prêt immobiliséeRègles de la coopérative
Frais de dossierPourcentage ou forfaitÉtablissement
AssuranceSouvent limitée à l'assurance décès de l'emprunteurDisponibilité locale

Pièces d'un dossier de prêt agricole au Cameroun

  • CNI du producteur ou des membres du groupement
  • Attestation d'appartenance à une coopérative ou à un GIC
  • Attestation de détention de la parcelle délivrée par le chef ou titre foncier
  • Budget de campagne et historique de production
  • Contrat de vente ou bons d'achat d'un exportateur
  • Carnet d'épargne de l'EMF
Pièges du crédit agricole au Cameroun
  • Fixer des échéances mensuelles alors que les revenus de cacao ou de coton n'arrivent qu'une ou deux fois par an.
  • Utiliser le crédit de campagne pour d'autres dépenses familiales et manquer d'engrais au moment critique de la saison.
  • Payer un intermédiaire qui prétend placer le dossier dans un programme du MINADER contre une commission en espèces.
  • Vendre la récolte à un acheteur ambulant hors du contrat qui garantissait le remboursement du prêt.

Crédit pour les agriculteurs camerounais : réponses

Existe-t-il une banque agricole au Cameroun ?

Une banque agricole est annoncée depuis longtemps, mais elle n'est pas opérationnelle à ce jour. Les agriculteurs s'adressent aux coopératives d'épargne et de crédit, aux EMF, à quelques banques commerciales et aux programmes publics ou financés par des bailleurs.

Un planteur sans titre foncier peut-il emprunter ?

Oui, pour des montants modestes. Les EMF ruraux acceptent épargne bloquée, caution solidaire, nantissement de récolte ou attestation de détention coutumière. Un crédit d'équipement important reste en revanche difficile sans titre foncier.

Le FODECC prête-t-il de l'argent aux planteurs ?

Le FODECC finance surtout des actions d'appui aux filières cacao et café, comme les plants améliorés ou certains intrants, plutôt que des prêts individuels. Il allège les coûts de production mais ne remplace pas un crédit de campagne.

Comment rembourser un prêt agricole au Cameroun ?

Le plus souvent en une ou deux fois à la vente de la récolte, ou par échéances adaptées pour les cultures à cycle court. Le remboursement peut se faire en agence ou par mobile money, selon l'établissement prêteur.